28
mai

La tête de Turc des partisans du cinéma d’auteur

Gérard OuryElle y est en effet l’élément extérieur jeté dans la tourmente orchestrée par le couple Doillon-Birkin. Une expérience d’hystérie contrôlée, souvent difficile, toujours attachante. Mais aussi le risque d’être cataloguée actrice « intellectuelle » et marginale. Une impasse dont la tire Gérard Oury en l’opposant à Coluche dans e La vengeance du serpent à plumes ». Gérard Oury ! Le symbole du cinéma commercial, la tête de Turc des partisans du cinéma d’auteur. Pourtant, Oury a toujours eu l’intelligence de regarder ce qui se passe autour de lui, de ne pas se limiter à une famille de stars. Pour Maruschka, c’est une étape importante, même si le film n’est pas réussi. « Ce n’est peut-être pas le genre de cinéma qui me donne le moyen d’exprimer ce que j’ai en moi, déclare-t-elle aux Cahiers du Cinéma, mais ça m’a appris en même temps une grande humilité.

L’acteur qui font sont « ego trip » sur sa souffrance et ses sentiments, c’est vraiment tous ce dont on n’a pas besoin dans ce genre de film. Donc, c’est un peu mettre les choses en place, se rendre compte que le cinéma c’est aussi la lumière, Le rythme, la technique.
L’expérience Oury l’aide d’ailleurs à reprendre avec plus d’assurance « Via Mala », un feuilleton TV allemand qu’elle a commencé quelques mois après « Prénom Carmen », et qui lui vaudra, avec cinquante millions de spectateurs, d’être sacré l’actrice la plus populaire d’Allemagne. « Maruschka Detmers fait sensation dans « Le Diable au corps », qui fait scandale pour une scène de fellation, peut-on lire dans le très « sérieux »Dictionnaire du cinéma de Jean Tulard (bouquin Laffont). C’est dire si l’épiphénomène d’une scène « scandaleuse » a aujourd’hui occulté le sens d’un film que l’actrice à accepter d’instinct. « Si le film est choquant, dit- elle par la suite, c’est la violence des émotions, et ce rejet de la normalité, cette autre approche d’une histoire. » Cette déclaration peut également s’appliquer à « Y a bon les blanc », autre film à scandale, le réalisateur Marco Ferren, y critiquant les missions humanitaires Ferreri est, comme Godard, inclassable, « Ce sont tous les deux des voleurs de sentiments, toujours à l’affût dit Maruschka.
Claude Zidi
Ils filment l’infilmable » La deuxième fois que j’ai rencontré Maruschka Detmers, elle tournait « Deux » de Claude Zidi. « Tous ce que je sais, c’est que c’est vraiment un film à deux personnages et que Gérard Depardieu ne va pas tirer la couverture à lui », disait –elle en riant.

13
mai

Fraîchement débarqué de sa Hollande natale, elle se confronte au redoutable Godard

Maruschka DetmersLa première fois que j’ai rencontré Maruschka Detmers, elle allait commencer le tournage de « La pirate » et tirait une leçon provisoire de ses deux premiers films. Elle gardait un souvenir ému du « Faucon » de Paul Boujenah, parce que le réalisateur et son équipe avaient été attentionnés vis-à-vis d’elle, que le tournage n’avait duré que quelques jours, et que même si son rôle était court, son personnage était tout de même essentiel à l’histoire. Et puis, après « Prénom Carmen », il était agréable de ne pas avoir le sentiment de porter un film sur ses épaules. De Godard, elle gardait un souvenir mitigé. Il faisait semblant d’improviser, disait-elle, leur donnait des petits bouts de papier à elle et Jacques Bonnaffé juste avant les prises, et c’était le texte exact inscrit sur ces bouts de papier qu’il fallait dire. En fait, tout était programmé, maîtrisé, jusqu’aux déclarations du réalisateur contre ses acteurs débutants qui se prenaient déjà pour des stars et qu’il accusait d’avoir des caprices.
Maruschka DetmersComme si, depuis des années, ce n’était pas Godard la star de ses propres films, et comme s’il y avait d’autres caprices que les siens. Quoi qu’il en soit, Maruschka Detmers, encore fraîchement débarquée de sa Hollande natale, ex-baby sitter, ex-élève prodige du cours Florent, n’avait alors pas encore eu l’impression de jouer. Génial découvreur de talents naturels, Godard avait tiré parti de sa personnalité, de ses attitudes, de ses hésitations et maladresses. C’était presque un psychodrame en direct. Il la provoquait, elle réagissait.

Il montrait sa formidable photogénie, révélait qu’elle avait l’étoffe d’une authentique comédienne. Paul Boujenah, sur les conseils de Francis Huster, avait compris le message. Il avait utilisé son beau visage pour hanter un film entier alors qu’elle n’avait que quelques minutes de présence effective à l’image. Avec Doillon et « La pirate », elle effectue un retour au psychodrame.